Composteur trois casiers : air, carbone, et ce qu’on n’y met pas

Trois casiers, ce n’est pas un caprice de catalogue. C’est la seule façon que j’ai trouvée pour ne plus mélanger le marc de café d’hier avec le tas de l’année dernière, et pour arrêter de sortir en avril un compost encore chaud, plein de trognons reconnaissables. Un seul bac, on ajoute devant, on pioche derrière, on croit que « ça se fait tout seul ». Ça se fait mal.
Bruns et verts, air, un peu d’eau, un retournement quand le centre sent l’ammoniac ou reste froid : voilà le métier. Pas de viande, pas de poisson, pas les litières du chat. Six à douze mois en France, selon que vous êtes en Bretagne douce ou dans un jardin de l’Est qui gèle dur. Les sacs « activateur express trois semaines » que j’ai testés m’ont donné un tas plus cher, pas plus mûr.
Mon premier composteur, un tonneau fermé trop petit, a pourri en anaérobie derrière le cabanon. Odeurs, moucherons, voisin pas content. Les trois casiers en palettes, ouverts sur les côtés, ont calmé tout le monde — y compris les vers, qui sont restés.
Pourquoi trois, pas un silo unique
Le casier d’apport reçoit tontes, épluchures, feuilles. Quand il est plein, vous le basculez dans le deuxième et vous le laissez travailler. Le troisième n’est plus touché : il s’affine. Vous piochez là un terreau sombre, sentant le sous-bois, sans morceaux de poireau d’octobre. Un seul volume force à choisir entre « j’ajoute » et « je récolte ». On ajoute toujours. On récolte trop tôt.
Des palettes non traitées, du grillage à poules sur les parois, un couvercle en tôle ou en planches pour la pluie battante : ça suffit. Les modèles en plastique à trois compartiments marchent s’ils ont des fentes d’air. Un cube étanche, c’est une fosse à boue.
Taille utile
En dessous de 80 cm de côté, le tas refroidit trop, surtout au nord de la Loire. Au-delà d’un cube d’1,20 m, le retournement devient une corvée de fourche que vous reporterez à « samedi prochain » jusqu’en mars. J’ai calé 1 m × 1 m × 1 m par case : je peux encore tout retourner en une heure, seul.
Bruns et verts, sans tableau chimique
Les verts apportent l’azote : épluchures, marc, tontes fraîches, orties jeunes, fleurs fanées. Les bruns apportent le carbone et l’air : feuilles mortes, paille, carton brun déchiré sans encre flashy, broyat de haie sèche, sciure de bois non traité en petite quantité. Trop de verts, ça pue et ça colle. Trop de bruns, ça dort.
La tonte du samedi, jetée en matelas de quinze centimètres, c’est le classique. Elle fermente, elle chauffe, elle sent, elle attire les mouches. Mélangez-la le jour même avec des feuilles ou du carton, ou faites-la sécher une journée étalée avant de la verser. J’ai appris ça après un week-end d’orage et un bac qui dégouttait vert.

Ce qui n’y va pas
| Déchet | Dans les casiers ? | Pourquoi |
|---|---|---|
| Épluchures, marc, pain dur | Oui, mêlés aux bruns | Azote et matière, sans former une galette |
| Tontes | Oui, séchées ou en couches fines | Sinon silo d’herbe chaude et odeur |
| Viande, poisson, os, fromage | Non | Rats, odeurs, chiens du quartier |
| Litière chat / crottes chien | Non | Parasites, pas un amendement de potager |
| Plants mildiousés, tomates très malades | Plutôt non, ou tas à part très chaud | Vous n’êtes pas sûr d’atteindre une hygiénisation |
| Noyaux, branches de plus de 1 cm | Broyer ou tas de bois à part | Ils mettent des années, ils gênent le retournement |
Retournement : pas tous les dimanches
On retourne pour donner de l’air et casser les zones sèches ou les poches d’eau. Si le centre est tiède, sent le champignon de forêt, et que la fourche entre sans effort, laissez. Si ça sent l’urine de chat ou l’œuf pourri, vous manquez d’air ou vous avez trop de verts : fourche, bruns, et on mélange vraiment, pas juste un coup sur le dessus.
En hiver continental, le tas s’arrête. Ce n’est pas la mort. C’est le froid. On n’ajoute pas des seaux d’eau « pour relancer ». On attend mars, on retourne une fois, on reprend les apports. En climat méditerranéen, l’été assèche le tas : un arrosoir le soir, comme une éponge, pas une inondation qui noie le fond.
Le test de la poignée
Vous prenez une poignée au cœur. Elle s’agglomère sans couler. Si l’eau goutte, ajoutez des feuilles. Si ça s’effrite en poussière, un peu d’eau et des verts. Ce test m’a plus appris que les notices qui parlent de « 60 % d’humidité » sans vous dire à quoi ça ressemble dans la main.
Six à douze mois, pas trois semaines
Un compost de jardin amateur, en tas de un mètre, met en général une saison chaude plus un hiver, parfois deux étés si vous êtes sporadique. Les six mois, je les tiens quand j’ai broyé fin, retourné deux ou trois fois, et que le printemps a été doux. Les douze mois, c’est le rythme honnête pour beaucoup de jardins français, surtout océaniques et humides où le tas reste froid.
Mûr, ça veut dire : couleur sombre, structure grumeleuse, plus d’odeur aigre, plus de trognon de chou identifiable. Les petits morceaux de bois, on les tamise et on les renvoie au casier 1. Étendre un compost cru au contact des racines de carottes, c’est s’offrir des faims d’azote et des limaces heureuses.
Rats, moucherons, voisinage
Les rats viennent pour le pain, les restes de table gras, le sac-poubelle vidé d’un coup. Couvercle, grillage au fond contre les galeries, pas de viande. Les moucherons aiment les fruits trop mûrs en surface : une couche de feuilles par-dessus le soir même. Le voisin sent l’ammoniac, pas « le compost » : vous avez trop d’herbe. Ajoutez du carbone, retournez, excusez-vous avec un seau de terreau mûr s’il jardine.
En lotissement, un tas ouvert trop près de la terrasse d’à côté, c’est un conflit inutile. Reculez d’un mètre, plantez un noisetier, tenez le couvercle. Ce n’est pas de la honte, c’est du voisinage.
Au potager, ensuite
Une fois tamisé, le compost va en surface, sous le paillis, ou en mélange au terreau de plantation — jamais en couche de quinze centimètres « pour faire riche ». Trop, ça pousse le feuillage au détriment du fruit, et ça déséquilibre un sol déjà fumé. Une ou deux brouettes pour 10 m² de planche, une fois l’an, m’a toujours suffi. Le reste nourrit les casiers suivants.
Questions fréquentes
Puis-je mettre les adventices montées à graines ?
Si le tas ne chauffe pas vraiment, les graines passent. Je mets les jeunes, pas les pissenlits en aigrette ni l’oxalis en graines. Le liseron et le chiendent, rhizomes à part, ou poubelle : ils se bouturent dans le frais.
Le compost d’appartement en bokashi remplace-t-il les trois casiers ?
C’est un autre métier : fermentation, puis enfouissement. Ça n’aère pas un jardin. Les casiers restent le bon outil dès que vous avez une pelouse et un potager.
Faut-il des vers du commerce ?
Non. Les vers du sol arrivent si le tas n’est pas trop chaud ni trop sec. Acheter un sachet, c’est souvent payer des voyageurs qui s’en vont dès la première montée en température.
Mon tas ne descend pas, il stagne.
Trop de branches, trop sec, ou trop froid. Broyer, humidifier, attendre le printemps, retourner. Un activateur du rayon ne remplace pas le carbone manquant ou l’air.