Purin d’ortie : dilution, odeur, et ce qu’il ne soigne pas
On vend le purin d’ortie comme une potion : anti-pucerons, anti-mildiou, stimulant universel, parfois même « bio » avec un sourire de catalogue. Dans un seau au fond du jardin, vous obtenez surtout une soupe riche en azote, un peu de potasse, une odeur de ferme, et un risque de brûler les feuilles si vous versez ça pur. Ça a une place. Ce n’est pas un rayon phytosanitaire de poche.
Les jardiniers qui en font depuis vingt ans l’utilisent comme un coup de pouce au printemps, sur tomates, courgettes, choux, quand la terre est encore froide et que la croissance piétine. Ils ne s’attendent pas à voir les pucerons tomber comme au cinéma. Si votre seul problème, ce sont les pucerons sur les fèves, commencez par regarder s’il y a déjà des larves de syrphes — petites asticots verdâtres — avant d’ouvrir un bidon.
Ce que c’est, chimiquement, sans blouse blanche
L’ortie (Urtica dioica) pousse sur les sols riches, souvent près du compost ou d’un ancien tas de fumier. Ses feuilles, mises à fermenter dans l’eau, relâchent des composés azotés et une microflore. Le liquide final ressemble à un engrais organique diluable, pas à un savon insecticide. Le savon noir, lui, étouffe les pucerons par contact : autre geste, autre seau.
Vous n’avez pas besoin d’un laboratoire. Vous avez besoin de ne pas confondre « ça a poussé après » et « le purin a tué les pucerons ». Après une averse chaude, les pucerons explosent puis se font manger. Le calendrier ment souvent.
La recette utile, pas la légende du tonneau
Un kilo de feuilles fraîches, non montées à graines, pour dix litres d’eau de pluie ou d’eau reposée. Seau plastique, bois, jamais fer blanc qui rouille et réagit. Les tiges épaisses vont, les racines pleines de terre salissent sans ajouter grand-chose. Couvercle posé de travers : l’air passe, les mouches moins. Remuez une fois par jour avec un bâton.
Selon la température, la fermentation démarre en trois à cinq jours (bulles, odeur). Autour de 15–20 °C, comptez une à deux semaines. Quand ça mousse moins et que les feuilles sont réduites en bouillie sombre, c’est prêt à filtrer. En dessous de 10 °C, ça traîne et ça pourrit plus qu’il ne fermente : attendez mai, ou rentrez le seau dans un abri hors gel.
Filtrez à travers un sac, un vieux tee-shirt, une passoire fine. Le marc va au compost, pas au pied des laitues en tas. Le liquide se conserve quelques semaines au frais, à l’ombre, bidon fermé sans être hermétique à enfler. S’il sent uniquement l’œuf pourri extrême et qu’une pellicule irisée le recouvre depuis un mois oublié, vous le diluez encore ou vous le versez au compost : ce n’est plus un engrais de précision.

Dilution : le 10 % et le reste
Pour un arrosage au sol, sur terre déjà humide, beaucoup de jardiniers partent sur un litre de purin filtré pour neuf litres d’eau — soit environ 10 %. Sur plants jeunes, plutôt 5 %. En pulvérisation foliaire, encore plus clair, 5 % ou moins, le soir, jamais midi en juillet, jamais sur feuilles déjà stressées par la sécheresse.
Pur, c’est trop. Les bords de feuilles noircissent, surtout laitues et jeunes haricots. Si vous « sentez que ça ne suffit pas », ce n’est pas une raison de passer à 30 % : c’est une raison de regarder le sol, le paillis, et si la plante a simplement trop d’ombre ou trop d’eau.
| Usage | Dilution indicative | Quand |
|---|---|---|
| Arrosage sol, plants installés | ~10 % (1+9) | Croissance, terre déjà humide, pas tous les jours |
| Jeunes plants, semis éclaircis | ~5 % | Une fois, puis on attend de voir |
| Pulvérisation foliaire | 5 % ou moins | Soir, temps couvert, jamais cagnard |
| Pur, non dilué | — | Compost ou mauvaise idée sur les feuilles |
Les pucerons : ce que le purin ne fait pas
Une colonie de pucerons noirs sur fèves en avril, c’est banal. Une partie des tiges se tord, puis les syrphes pondent, les coccinelles arrivent, les mésanges passent. Pulvériser du purin dessus, même dilué, peut un peu gêner par l’odeur et le film : ça ne remplace pas un jet d’eau le matin, ni l’attente de trois jours si les auxiliaires sont déjà là. Couper les tiges les plus noires, oui. Tremper tout le massif dans l’ortie, non.
Le mildiou de la tomate est un champignon porté par l’humidité et les spores. Le purin d’ortie n’est pas un fongicide homologué. Aérer, pailler pour éviter la terre qui gicle, ne pas arroser le feuillage le soir : ça, ça change la saison. Une décoction de prêle a sa légende aussi ; elle n’empêche pas un été pourri en Bretagne.
Si vous cherchez un geste de contact contre pucerons, le savon noir dilué selon un usage jardin, rincé si besoin, reste plus cohérent que l’ortie. Encore une fois : d’abord regarder s’il faut intervenir. Une fève couverte de pucerons et de syrphes le même jour, on laisse faire.
Odeur, voisins, moustiques
Ça sent. Pas « un peu d’herbe ». Ça sent la fermentation. Placez le seau derrière la haie, pas sous la chambre d’amis. Un grillage anti-moustiques sur le seau n’est pas du luxe près d’une terrasse : l’eau stagnante les intéresse. Vidangez, ne laissez pas un fond oublié jusqu’en septembre.
En lotissement, prévenez. « J’ai un seau d’orties deux semaines » évite le conflit. Vous n’avez pas à cacher un geste agricole banal. Vous avez à ne pas le mettre contre le barbecue du voisin.
Ce que le droit français ne vous demande pas d’inventer
Un purin maison pour votre jardin n’est pas un produit phytopharmaceutique que vous avez le droit de vendre ou de présenter comme « traitement homologué anti-pucerons ». La réglementation sur les préparations naturelles peu préoccupantes (PNPP) et les substances de base existe ; elle est plus étroite que les blogs. Pour vous, à la maison : vous fabriquez, vous diluez, vous n’étiquetez pas des bouteilles pour le marché. Ce n’est pas un conseil pour contourner une AMM. C’est juste le cadre : engrais bricolé, pas pesticide de rayon.
L’ortie elle-même se cueille hors bordure de route salée, hors champ traité, hors terrain vague douteux. Gants. Les graines mûres, vous les évitez dans le seau si vous ne voulez pas d’orties partout au compost trop tôt étalé.
Quand ça vaut le seau, quand ça n’en vaut pas
Ça vaut : sol un peu pauvre, courgettes qui jaunissent de bas en haut par manque d’azote, tomates qui démarrent lentement en terre froide, choux après un hiver de pluie qui a lessivé. Une à trois fois au printemps, terre humide, puis compost et paillis prennent le relais.
Ça n’en vaut pas : plantes déjà trop poussées, trop d’azote, pucerons partout (l’azote pousse le tissu tendre qu’ils aiment), balcon avec trois pots et un voisin à deux mètres, ou vous n’avez pas d’orties à moins de les acheter séchées en sachet miracle. L’ortie sèche du commerce peut faire une infusion plus douce, moins « purin » ; ce n’est pas la même soupe, et ce n’est pas plus magique.
Le purin de consoude, plus potassique, a sa place plus tard, près des fruits. Ne mélangez pas tout dans le même bidon « pour que ça fasse tout ». Un usage, une dilution, une date sur le couvercle au feutre.
Questions fréquentes
Dix jours ou un mois de macération ?
Dès que ça a fermenté (bulles, feuilles défaites), filtrez. Un mois au soleil dans un seau oublié donne une sauce trop forte et trop anaérobie. En mai chaud, dix à quinze jours suffisent souvent. En avril froid, attendez les bulles, pas le calendrier.
Ça soigne-t-il le mildiou ou l’oïdium ?
Non, pas au sens d’un traitement. Ça peut un peu tonifier une plante déjà bien menée. Le mildiou se gère à l’aération, à l’eau au pied, aux variétés, parfois à l’abri. Promettre l’ortie contre le mildiou, c’est du folklore de forum.
Puis-je pulvériser tous les deux jours « pour les pucerons » ?
Vous fatiguez la feuille, vous dépensez de l’azote, vous dérangez les auxiliaires. Une fois, éventuellement. Ensuite, jet d’eau, attente, éventuellement savon. Le rythme « tous les deux jours » est celui d’un produit qu’on veut croire insecticide.
L’eau du robinet, calcaire, convient-elle ?
Oui, si vous n’avez pas de pluie. Laissez-la reposer une nuit si elle sent fort le chlore. Le calcaire n’empêche pas la fermentation. L’eau de pluie reste plus simple, et c’est déjà celle du récupérateur.